| LA VENDETTA |
Présente depuis la nuit des temps la vindetta s'est perpétuée et développée en Corse au cours de la présence génoise dont la justice était arbitraire et d'une déplorable faiblesse.
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A Gênes il n'était prévu que de faibles peines en cas d'homicide à condition que la paix revienne entre les familles, sauf en cas de rupture de cette paix. |
| Ainsi,
pour la Corse, a-t-il été dit que " l'ardeur de la vengeance était née de
la soif de la justice "; le marquis de Coursay lui-même, en 1746 écrivait
à Chauvelin que " toutes les inimitiés en Corse sont nées, dès le
principe, de l'impunité". |
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Les
actes, conséquences de cette situation, entraînaient des débordements que même
l'Eglise n'arrivait plus à canaliser menaçant les familles, résistant à ses
tentatives de réconciliation, de leur appliquer des peines spirituelles et de
leur retirer l'usage des
sacrements.
En 1686 le délégué apostolique du
Pape Innocent XI pour les
visites des diocèses, au cours de sa mission en Corse, décrétait :" que
l'absolution soit refusée à ceux qui ne veulent pas renoncer à leurs haines et à
leurs inimitiés ".
Aussi, dès que les Corses ont pu se dégager du joug génois ils ont légiféré sur la vindetta, forme de justice privée, insupportable et source de troubles généralisés.
| En 1736, dès le
couronnement de l'éphémère Roi de Corse THEODORE de NEUHOFF, la première
Consulte des représentants de la Nation prononçait l'abolition des Lois et
Statuts promulgués ou approuvés par les Génois. En 1739 les Consultes d'Orezza et de Mezzana arrêtaient un certain nombre de dispositions répressives contre la vindetta. La même année la Consulte de Zicavo votait également de nouveaux textes relatifs à la vengeance privée : |
- la décapitation ou le supplice de la fourche,
suivant la situation des auteurs, étaient prévus en cas d'homicide.
| - au cas où un traité de paix avait été conclu entre familles en inimitié, la rupture de la Paci ou de la trêve entraînait la peine capitale contre son auteur. - en cas de vindetta transversale la peine était la mort sous les tourments, puis l'exposition de parties du corps sur les lieux du crime et dans les régions voisines. - il était également prévu de procéder à la dévastation des propriétés, ainsi qu'à la destruction et à l'incendie des maisons |
Le RIMBECCU : ( Injure qui contient le reproche, à celui auquel il est
adressé, de ne pas s'être vengé d'offenses subies par lui ou sa famille, et dont
le but est de déclencher la
vindetta.)
- s'il avait eu un meurtre pour conséquence, la peine capitale devait être
appliquée au
" rimbeccante
".
- sinon il devait être marqué au fer rouge au visage et il devait lui être coupé
un doigt de langue. Par la suite, à la Consulte de Bozio, cette peine sera
remplacée par celle du fouet et du Pilori ( a berlina ).
En
1738 la Consulte de Corte avait procédé à la nomination
de Paceri dont l'objectif était de concilier les familles en inimitié par la
persuasion, et au besoin par la coercition.
En 1745, après la déroute de Théodore de Neuhoff, les Corses désignent à nouveau des Paceri ou Protettori avec pour mission de se déplacer de piève en piève et d'éteindre les inimitiés.
En 1755, lors de son retour en Corse, PASCAL PAOLI a également eu pour souci l'extinction de la vindetta avec la création d'un droit répressif de la vengeance privée dont la Consulte de Caccia retient, comme étant à son origine, les éléments suivants :
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- le fait de
croire qu'une injure tolérée est un acte de
lâcheté. - l'impunité de l'homicide sous le gouvernement génois. - croire que la vindetta est un mal nécessaire pour en éviter un plus grave. |
La Consulta
expose que, au contraire, le pardon de l'offense est noblesse et grandeur d'âme,
et qu'il est plus facile de vaincre son adversaire que sa colère. La vendetta
n'étant plus considérée comme une affaire d'honneur, son auteur sera puni de la
peine de l'infamie : dégradation, privation des privilèges et des honneurs,
ainsi que pour certains membres de sa
famille.
En règle générale la redoutable GHJUSTIZIA
PAOLINA a arrêté des mesures de degrés
nettement supérieurs à celles des Génois :
- peine de mort pour tout homicide si l'auteur est arrêté, sinon bannissement
perpétuel sans grâce
possible.
- peines prévues contre la famille proche et la parentèle, ainsi que
l'exil.
- démolition de la maison de l'auteur, qui ne pourra être
reconstruite.
- coupe de tous les arbres de sa
propriété.
- épandage de sel pour rendre la terre stérile.
- deux mois de prison pour l'auteur d'un rimbeccu s'il a été sans effet,
sinon peine de co-auteur.
La responsabilité des autorités administratives des pièves a même été évoquée en cas de non arrestation d'un meurtrier réfugié sur leur territoire.
En
1768 lors de
son occupation de la Corse la monarchie
française a décidé de prendre en compte le problème
des vengeances privées en favorisant le pouvoir des Paci et en encourageant les
traités de paix
de façon systématique, mais en appliquant sévèrement
les peines en cas de vindetta.
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Le fonds du droit répressif
restait dans un premier temps celui des Statuts Corses,
puis Tout
meurtre commis par vengeance ensuite de querelle de famille ou de haine
transmise serait puni
: |
Introduction de la procédure criminelle avec application de la "question" (
inconnue en Corse ), les supplices de la roue, du bûcher et de
l'écartèlement.
De 1794 à 1796 pendant la brève souveraineté de GEORGE III, roi d'Angleterre, sur la Corse le droit répressif de la vindetta a été inexistant.
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Des peines sévères, mais inférieures en gravités à
celles de la monarchie française étaient prévues
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Le général anglais
Commandant militaire de la circonscription d'Ajaccio s'employa même à favoriser
la passation de traités entre familles. Il en fut de même à
Bonifacio.
En
1789 les
lois de la Révolution ont
amené l'abolition des supplices et prononcé le principe de la responsabilité
individuelle en matière pénale.
18 Brumaire, coup d'état de Napoléon. Le 22 Frimaire l'application de la constitution est suspendue sur l'île, des pouvoirs étendus sont affectés à Miot de Melito.
| 1802 le général Morand lui succède avec des pouvoirs quasi absolus pour le rétablissement de l'ordre public. En 1811 le général Berthier lui succède à son tour. En dehors de la répression très dure, ils jouèrent un rôle de Paceri auprès de familles en inimitiés. Certaines concernent les communes de Cozzano et de Ciamannaccia. |
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1822-1824 création
des Voltigeurs Corses, pour donner la chasse aux bandits.
En
1852, sous le Second Empire, le Préfet Thuilliers
déclare que depuis 1821 ce sont 4319 meurtres
qui
ont été commis en Corse, provoquant la formation d'une Commission
d'enquête.
| Le 18 avril 1887 Jules GREVY, Président de la République signait un décret stipulant que l'année de service de gendarmerie en Corse serait complétée en sus, comme année de campagne, en raison des fatigues exceptionnelles imposées à cette arme par la nature de son service. |
De nos jours les gendarmes bénéficient toujours de la campagne simple en Corse !!!!
Depuis bien d'autres vendettas ont eu lieu perdant inexorablement de leur intensité, mais demeurant toujours très présentes dans la mémoire collective des familles.
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| Recours en grâce d'Orsatello de Palneca en
1585 suite a un traité de paix | |
| Traité de Paix entre des familles de Cozzano et de Ciamannaccia le 22 Thermidor An XII | |
| Traité de Paix de Ciamannaccia le 1er Juillet 1812 |
Pour en savoir beaucoup, beaucoup plus : (traité de paix suite à la
vendetta de Colomba de Mérimée,....)
J.
BUSQUET
LE
DROIT DE LA VENDETTA et
les PACI CORSES
Editions
Jeanne LAFFITTE
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Poème
de Mgr de la Foata
Evêque d'Ajaccio, assistant au
trône pontifical
(1817-1899)
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VINDETTA CORSA
Eppur, fratedhi, la dicu cun russori, Qui nun s'ascolta la boci d'lu Signori Qui lu sangui corri a fiumi, Qui la matri d'li dulori, La vindetta sanguinosa, Quinci alberga e sta nascosa. Vindetta corsa, vindetta
pruvirbiali, Eppur so in paci li lofii e
li maghjali Or qui lu lionu, qui l'orsu,
la pantera, |
Or ghjà u Signori ci ha tutti favuriti Un c'è più a tema nè morti nè feriti : Ci mando un Nabulionu Chi ci ha salvu da i banditi : Prestu prestu li ciandarmi Poni anch'eddi spona l'armi. Mantedhu ed ala di tanti
cuntumaci, Lu portu-d'armi lucci, hani
pruibitu,
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