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NANNA DI PALLECA


Berceuse
dite de Palneca

 

            Cette berceuse ancienne du 19 ème met en scène une grand-mère berçant son petit fils  Santonu qui sera le plus beau et le plus fort.
         Elle évoque ses ancêtres,  hommes courageux, pillards et  sanguinaires  dont quinze furent arrêtés et pendus sur la place du village de Palneca par les hommes du Général MORAND, caressant l'espoir qu'il sera leur vengeur..

        Or cette berceuse est inconnue à Palneca et dans les villages environnants.

        Bien que les palnécais aient hérité, au cours des siècles, d'une très mauvaise réputation leur attribuant un caractère violent et vindicatif , il semble bien que les faits évoqués soient inexacts.   

        En effet, le général MORAND envoyé en Corse par Napoléon pour rétablir l'ordre avec les pleins pouvoirs, y a  séjourné de 1802 à 1811 et y a bien  mené une répression sanglante.

Les registres d'État Civil étaient tenus à cette période.

Or ceux de Palneca n'ont enregistré aucun décès concernant ces exécutions.
De même les Archives Départementales ne semblent pas avoir de trace de ces faits.

Par ailleurs, le dialecte employé dans ce chant serait plutôt celui de certains villages du Sartenais :

Zitedru  
    pour      zitellu  ( à Palneca ) et autres mots similaires
Adrivava
pour   allivava
Fratidroni 
pour fratilloni
Palneca
pour     Palleca
Ciamannaccie
pour Ciamannaccia
Babbarredru
pour Bapparellu.
Palnichesi
pour  Pallecacci
Mammona
pour minnana
Vostru
pour      vosciu
etc...

        Comme on ne prête qu'aux riches, il semble que l'on ait peut-être allié une réputation à  une légende, pour construire une berceuse "virile" à l'intention d'enfants dont les familles, originaires de Palneca, connaissaient des problèmes relationnels lors de leur installation dans la basse vallée du Taravo et la région de Sartene..
        Il y a pu également avoir confusion ou extrapolation à propos d'événements différents comme, par exemple, la pendaison , en 1771, du curé de Palneca et de son neveu pour détention d'armes (
voir la page
DIVERS du site ).

NANNA

 


In Palneca di Pumonti
Un zitedru s'adrivava
E la so cara mammoni
Sempr'a trinnicadru stava
Fenduli la nannaredra
E stu fatu li prigava

Addurmintètivi o pegnu
Aligrezza di mammoni
Ch'aghju da fani la cena
E da cusgia li pilona
Da lu vostru babbaredru
E da i vostri fratidroni.

Quandu sareti maiori
Currareti par li piani
L'Arbi turnarani fiori
L'oliu currarà a funtani
Turnarà balzamu fini
Tutta l'acqua di lu mari.

Vi faremu lu jacchettu
Tuttu' n rossu prufilatu
Incù li pennuli pinzzi
E di bottuli  scaccatu
A un barritonu pinzutu
Di trinnetta  infiucchittatu.

Andaretti a lu stazzali
Cu lu vostru babbaredru.
Vi ni staret'in capanna
Calatu nan'un tinedru
E vi sarà prinsintatu
Un cuchjari di caghjatu.

Quandu sareti grandoni
Purtareti li vostr'armi,
Un vi farani paura
Vultisgiori ne ciandarmi
E si so' seti inzirmitu
Sareti un fieru banditu.

Tutti li vostr'antinati
Eran'omini famosi
Erani lesti e gagliardi,
 Sanguinarj e curraghjosi,
M'aviani sempr'a l'appostu
Catrachini e bedri cosi.

Cinqui di li più maneschi
Ne partini da Palneca.
Ghjunti di noti in Ajacciu
Sbuttunoni une buttega
E prima chi fussi jornu
Funi sbrighi e di ritornu.

Ogni donna di la razza
Tredici anni nun francava
Parchi quidru impartinenti
Chi la scufia li tuccava,
S'edr'un li mittia l'anedru,
Dui simani nun scampava.

A i ricconi e pruputenti
Di Palneca e Ciamannaccie
S'un valia la distrezza,
Li faciani le minacci.
Sin ch'avian'in cunclusioni
Tuttu a so disposizioni.

Ma l'infamu di Murandi
Scurunô la parintia
L'arristô tutt'in un ghjornu
E ni feci la stirpîa;
E li latri Palnichesi
L'aviani fattu la spîa.

Quîndici funi impiccati,
Tutti quanti a mezza piazza
Omini di gran valori,
Lu fior di la nostra razza.
Forse saristi o Santonu
Par fani la vindicanza.

 


A Palneca de Pumonti  ( Delà des monts par rapport à Bastia ) )
S'élevait un jeune garçon
Et sa chère grand-mère
Toujours était à le bercer,
En lui chantant une berceuse,
Lui chantait ce qui suit.

Endormez vous, chéri
La joie de grand-mère
Car je dois faire le dîner
Et coudre les pilona ( manteaux traditionnels en poils de chèvres)
Ceux de votre père chéri
Et ceux de vos grands frères.

Lorsque vous serez grands,
Vous courrez dans les plaines
Les herbes se changeront en fleurs,
L'huile coulera à flots,
Et toute l'eau de la mer
Se changera en un baume fin.

Nous vous ferons la veste
Toute de rouge profilée
Avec les basques en pointe
Et des boutons à profusion
E une casquette pointue
Chargée de rubans.

Vous irez à l'étable
Avec votre cher père;
Vous resterez dans la cabane
Assis sur un tonnelet
Et l'on vous présentera
Une cuillérée de caillé.

Quand vous serez jeune homme
Vous porterez vos armes
Ne vous feront peur
Ni voltigeurs ni gendarmes,
Et si vous êtes poursuivi
Vous serez un fier bandit.

Tous vos ancêtres
Étaient des hommes fameux,
Ils étaient lestes et gaillards,
Sanguinaires et courageux ;
Avaient toujours pour moi, à l'occasion
Bijoux et belles choses.

Cinq des plus habiles
Partirent de Palneca.
Arrivés de nuit à Ajaccio,
Ils pillèrent une boutique,
Et avant qu'il fût jour
Ils furent débarrassés ( du butin ) et de retour.

Chaque femme de la famille
Ne franchissait pas treize ans ( sans être mariée )
Car tel impertinent
Qui lui touchait la coiffe,
S'il ne lui mettait l'alliance
Deux semaines ne survivait.

Quant aux riches et puissants
De Palneca et de Ciamannaccie
Si l'adresse était insuffisante
Ils leur faisaient des menaces 
Jusqu'à ce qu'ils aient, en définitive
Tout à leur disposition.

Mais l'infâme Morand (général chargé de la répression)
Assiégea la parentèle,
L'arrêta le même jour
Et l'extermina,
Car les maudits palnécais
Les avaient dénoncés.

Quinze furent pendus
Tous ensemble au centre de la place 
Hommes de grande valeur
Le fleuron de notre race.
Peut-être es-tu né, O Santonu,
Pour  en accomplir la vengeance .

                                                                                                               

Vultà
a l'iniziu